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Annonce : j’arrête de manger

J’écris cet email allongé sur un transat, devant une petite maison louée sur Airbnb en Normandie.


Aujourd’hui, je ne vais pas te parler de marketing.

Je n’ai pas la tête à ça.

En fait, la seule chose que j’ai en tête en ce moment, c’est un gros poulet rôti encore chaud et dégoulinant de jus.

Alors écrire un mail, franchement… 


Bon. Je t’explique.

Je n’ai rien mangé depuis hier soir. Et il est déjà 16h. 

En temps normal, j’irai tout de suite dévaliser le rayon fruits secs de Biocoop (chacun son délire hein).

Mais pas aujourd’hui.

Parce qu’aujourd’hui, et pendant les 4 prochains jours, je ne mange pas.

Ça s’appelle un jeûne, et il parait que les bienfaits sont extraordinaires.

Mais ce n’est pas du jeûne dont je vais te parler.

Si ça t’intéresse, je te recommande néanmoins la série de Thierry Casasnovas sur YouTube : youtu.be/aELnmiKpT1s

Ce dont je vais te parler, c’est de volonté.


J’adore manger.

La seule raison pour laquelle je me lève le matin, c’est ça.

Boire un smoothie onctueux, ou déguster un jambon de pays rustique avec un verre de vin…

Rien qu’en écrivant ça, il y a soudain beaucoup de salive dans ma bouche.

Arrêter de manger, pour moi, ce n’est pas une contrainte.

C’est une petite torture.


Alors pourquoi s’infliger ça ?

La question me fait sourire quand elle est posée par des gens qui travaillent 8h par jour pour un patron qu’ils détestent.

C’est le paradoxe de la société moderne.

On accepte une vie de sacrifice pour des petits plaisirs fugaces.

On nous explique que la vie, c’est la dernière Mercedes, un pot de Ben & Jerry’s, et des vacances à Ibiza.

Et que le prix à payer, c’est 47 semaines de liberté. Sacrifiées. Chaque année, jusqu’à 60 ans.

Bad deal.


Le rapport avec la volonté ?

Pour résumer : j’essaye de faire exactement l’inverse.

Au lieu de sacrifier ma vie, je sacrifie les petits plaisirs fugaces.

Et au lieu de le faire 47 semaines par an, je le fais 4 jours.


La privation volontaire, c’est le plus grand des luxes.

C’est le seul moyen de travailler ta volonté.

C’est tellement important à l’heure ou les réseaux sociaux, la coke Netflix et les jeux vidéos nous volent notre temps, notre attention et notre dignité.

En travaillant ta volonté comme tu travaillerais tes muscles à la salle de sport, tu deviens plus fort.

En renonçant de temps en temps aux plaisirs faciles, tu découvres ce que c’est que le vrai plaisir.

Et je ne parle pas du faux plaisir qui consiste à combler une addiction comme un fumeur angoissé, mais du vrai plaisir.

Celui de mordre dans une poire juteuse, la première de l’année, et de ressentir chaque petite variation de saveur, le sucre fruité et la chair tendre.

Ce plaisir la, on ne le ressent plus quand on alterne les pizzas et les Kindler Bueno à longueur de journée.

Notre sensibilité au plaisir diminue comme celle d’un vieillard qui ne mange plus que des gâteaux secs. Notre muscle de la volonté s’atrophie lentement et nous ne sommes plus qu’un sac de patates rempli chaque jour à la pelle par les industriels.

Muscler sa volonté, c’est conserver son identité.

À demain,
Antoine


PS : Je suis loin d’être Bear Grylls, mais j’aime me lancer des défis. Le meilleur moyen de me suivre là dessus est Instagram. Je poste des stories presque tous les jours : http://www.instagram.com/antoinebm/